Concilier sens et complexité

Sophie Mouterde, Membre du Comité éditorial de finance&gestion | Aude Rigaudière, Présidente du Comité éditorial de finance&gestion

Publié le 26/11/2019

Voilà un thème philosophique bien étrange pour une revue à destination de dirigeants financiers : le sens et la complexité. Et encore plus de chercher à les « concilier », comme s’il était présupposé qu’ils étaient opposés, l’un positif et l’autre négatif. Un sujet est complexe quand nous sommes dans […]

Voilà un thème philosophique bien étrange pour une revue à destination de dirigeants financiers : le sens et la complexité. Et encore plus de chercher à les « concilier », comme s’il était présupposé qu’ils étaient opposés, l’un positif et l’autre négatif.

Un sujet est complexe quand nous sommes dans l’incapacité de le comprendre et l’expliquer. C’est-à-dire que nous butons à mettre en lien ce nouveau sujet avec ce que nous savons déjà, nous sommes face à un « problème », un objet qui a cessé d’être simple. Et nous sommes à l’arrêt.

Le mot latin « complexus » veut dire : ce qui est tissé ensemble. Voilà une racine ambiguë. Le complexe est en effet un noeud tissé, solide. Mais c’est aussi, à l’inverse, ce qui n’est pas tissé avec ce que nous connaissons.

Cartésiens, nous avons été formés à séparer les problèmes, à les analyser en sous-ensembles alors que les défis économiques, sociaux et politiques ou écologiques nous appellent, à l’inverse, à faire des liens pour décider, c’est-à-dire faire sens pour mettre en mouvement les hommes et les organisations. A l’heure où les dirigeants financiers doivent faire des choix dans un environnement de crises radicales, durables et répétées, ce thème… fait sens !

Le mot « sens » a été précisé à l’occasion d’une étude auprès des Français réalisée en octobre 2019 par Thierry Wellhoff, fondateur-associé de Wellcom. Pour qu’il y ait sens, il faut trois ingrédients : la signification, l’inspiration et la relation. La signification ou sens premier, est une réalité objective qui décrit l’ancrage, c’est-à-dire l’histoire et l’identité d’une organisation. C’est la mission première où l’organisation est attendue sur sa responsabilité. L’inspiration ou sens sublimé, c’est la direction, la vision d’avenir, la raison d’être et ce que l’on peut dénommer le contrat sociétal et environnemental. Il s’agit de connecter la marque avec la société. Enfin la relation, ou sens partagé, est capitale : c’est seulement si l’on « embarque » ses publics qu’il y a sens. Il faut donc raconter l’histoire (de la marque, de l’engagement, des preuves…), et la faire vivre dans la communication. Le sens d’une marque prend corps dans la relation de proximité avec ses publics internes comme externes.

Pour ce numéro peu banal, nous avons interrogé des dirigeants d’entreprise et des financiers sur leur perception et leur vécu de la complexité, et comment faire sens permet de dépasser la complexité. A travers les témoignages, nous illustrons comment trouver le sens dans l’action permet de dépasser la complexité. L’auteur de Manager dans (et avec) la complexité, Dominique Génelot, pose le sujet de la complexité, en particulier pour le décideur. Avec les exemples de l’inflation réglementaire et la démultiplication des data, nous nous interrogeons pour savoir si elles sont mal ou remède à la complexité. Au-delà, nous illustrons que la finance peut elle aussi se mettre au service du sens. Enfin, dans un environnement complexe, l’accompagnement humain des transformations et l’évolution des modes de management vers l’intelligence collective sont incontournables pour valoriser le capital humain et répondre à cette quête de sens.

Nous vous souhaitons une belle lecture dans cet itinéraire atypique.