Comment les déposants qui dorment aident le cours boursier des banques
La valeur d’une banque dépend beaucoup de ce qu’on appelle la « rente de clientèle » (franchise value en anglais), à savoir l’écart entre les revenus d’intérêt sur les crédits qu’elle fait et le coût qu’elle assume à gérer les dépôts qui lui sont confiés. Au fond, la banque « fabrique » de la monnaie (en ouvrant un dépôt en contrepartie d’un crédit qu’elle accorde), et cette monnaie lui coûte moins cher à produire qu’elle ne lui rapporte.
S’agissant de l’État, qui a lui aussi un privilège monétaire (et même un privilège souverain qui l’emporte sur le privilège qu’il concède aux banques), il y a pareillement une rente liée à la création monétaire, qu’on appelle seigneuriage.
Évidemment, plus un compte bancaire est inerte, c’est-à-dire plus la clientèle d’une banque est passive (et un peu argentée le plus souvent), moins elle cherche à arbitrer à tout moment ses dépôts vers la banque la moins chère, et donc plus cette rente de clientèle est forte. En effet, la banque peut sans trop de souci monter les taux et facturer des commissions plus élevées. La « passivité » d’une clientèle est donc activement recherchée, et les banques se battent pour l’attraper.
C’est ce qu’explorent différents chercheurs dans un papier récent : Dynamic Competition for Sleepy Deposits (NBER Working Paper 34267).
Ils montrent, s’agissant des États-Unis, que, oui, les clients sont passifs. Le compte type à vue ou d’épargne est utilisé au moins 8 ans après son ouverture. La rotation des comptes est particulièrement faible chez les déposants plus âgés. Elle est plus élevée chez les comptes professionnels ou les comptes à solde élevé, sachant que le coût de recherche est pour ces clients plus facilement amorti. Bien gérer son argent est le privilège des riches.
Et en général, les déposants ne changent pas de banque pour des motifs économiques, ayant trouvé moins cher ailleurs. C’est un fait de la vie qui les y pousse : mariage, divorce, décès… L’exception est l’emprunt immobilier, un marché désormais entre les mains des courtiers. (Oh, il n’y a pas encore de courtage pour savoir où, et à quel moment, placer ses comptes bancaires.)
Quel rôle de la passivité dans la valeur des banques ?
Il est indiqué dans le graphique qui suit. Le trait noir montre ce que serait aujourd’hui la rente de clientèle des banques étatsuniennes si les clients étaient tous alertes et retenaient l’offre de service la moins chère. On atteint 650 Md$.
Par chance pour elles, il y a des clients paresseux ou distraits. La rente (trait bleu) fait plus que doubler grâce à eux, à 1 650 Md$.

Dites en termes de marge, la différence entre leur coût et le « prix » effectif qu’elles facturent aux déposants est de 68 points de base par an en moyenne. En l’absence de déposants passifs, la marge chuterait de moitié, à 32 points de base.
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