La dette publique française ne cesse de croître par rapport au PIB

20% en 1978, 100% en 2019, 120 % en 2020 et après ? Cette année, il faudra 130 milliards d’euros pour rembourser la dette qui vient à échéance, plus 150 pour le déficit de l’année. Pourtant, face à ces chiffres, aucune inquiétude.
Le 25 mai, l’Agence France Trésor, lance un emprunt à 20 ans. Elle attire 51 milliards d’euros de propositions pour en « prendre » 7, à 0,5%. Le 27 mai, elle en trouve 5 à 0,73% pour remboursement le 25 mai 2052. Puis elle annonce la création d’une « OAT 0,00 % », adjugée le 4 juin pour remboursement le 25 novembre 2030. Voilà 130 milliards « engrangés » en cinq mois, plus de la moitié du paragramme, à -0,04%. Encore moins cher que le 0,11% de 2019 ! Continuons, car l’an prochain il faudra tenir compte de la crise, plus du financement de la reprise. Et, à ces milliards, il faudra ajouter les 80 empruntés indirectement par la France, au nom de l’Union Européenne : radicale nouveauté. Ils ne nous seront pas imputés, une reconnaissance de dette suffira : aimable nouveauté. Alors… rembourser ?

Que faire devant ces dettes qui montent et sont moins chères ?

  1. S’en moquer : ça ne coûte rien !

L’argument : une dette qui coûte si peu n’est pas un problème. Et si elle rapporte 0%, c’est de la monnaie. La dette française, qui monte, coûte moins : 42 milliards en 2018, 40 en 2019, 37 pour 2020.
Mais : est-ce ce que s’endetter rapporte assez en croissance, emplois et commerce extérieur pour compenser la crise en cours ? Sinon la dette monte et la croissance faiblit, donc l’inflation baisse. La déflation menace : la dette qui coûte est celle qui ne crée pas assez de croissance.

  1. Sous-traiter : la Banque Centrale est là pour ça

L’argument : la Banque Centrale est là pour acheter la dette publique, avec l’argent qu’elle crée. C’est sans limite aux États-Unis et pour un tiers des émissions en zone euro. Ensuite, elle remet les intérêts perçus au Trésor : donc un financement gratuit qui ne demande pas leur avis aux marchés financiers.
Mais : si la Banque Centrale ne gagne pas d’argent en achetant les bons du trésor et en perd avec des obligations d’entreprises risquées, qui va la renflouer ? Les budgets de la zone euro ! Alors, l’euro sera-t-il vu comme une monnaie sûre et acheter de la dette en euro comme un bon placement ? La Banque Centrale est là pour aider, son argent est celui des contribuables.

  1. Répudier : je ne vous dois plus rien

L’argument : l’Italie a une dette publique égale à 140% de son PIB et elle est en récession. Ce sera 160% bientôt, à 1,4% : merci BCE ! La voilà au bord de la déflation, avec des prix en baisse de 0,1% : sa dette est devenue la plus chère en termes réels de la zone. Quand va s’arrêter cet acharnement de prêts à un pays insolvable ? Il suffirait que la BCE raye de ses actifs la moitié de la dette publique achetée de l’Italie, pareil pour les autres. 2% du PIB de la zone en dette publique disparaît alors, par ce jeu d’écritures, entre BCE et pays membres. Tout le monde respire !
Mais : ceci veut-il dire que les marchés financiers ne vont pas s’inquiéter de ces États qui renient leur signature et affaiblissent leur Banque Centrale, au moment où la zone a besoin de 2000 milliards en 2020 ?

  1. Perpétuer : la dette éternelle

L’argument : la dette publique ne peut que monter, automatiquement sous l’effet de la pandémie, volontairement pour soutenir la reprise (robotisations et formations, verdissement de la croissance…), politiquement face aux tensions entre États-Unis et Chine (nouvelles chaînes de production plus solides et proches à créer). Finançons-la par une dette éternelle !
Mais : ces sommes vont nécessairement se placer à un taux plus élevé, faisant monter les taux des emprunts « non éternels ». Puis, dans 10 ans par exemple, quand les taux remonteront, ceux qui vendront leurs titres perpétuels feront une perte. Ils auront fait une mauvaise affaire. Alors, quand il s’agira de lever plus d’argent en titres perpétuels, on n’oubliera pas : ce sera plus cher. Mieux vaut donc emprunter à 0% à 30 ans et rembourser.

Ne nous illusionnons pas

Les taux bas actuels viennent surtout d’un ralentissement mondial commencé il y a longtemps, plus de la peur liée au virus. L’inflation ne menace pas, mais la déflation. Il faut donc profiter de ces taux bas pour investir dans les nouveaux écosystèmes, les nouvelles technologies et se former. L’argent n’est pas devenu éternellement gratuit.

 

Cet article a été publié le 7 juin 2020 sur le blog de Jean-Paul Betbeze