Droits de douane européens face à la Chine : méfiance !
On entend une musique se développer en Europe, et en France par l’intermédiaire de Nicolas Dufourq, disant à peu près ceci : « On n’échappera pas à imposer des droits de douane en travers (30 % ?) pour endiguer le déversement des produits chinois, surtout depuis que le marché US leur est davantage fermé. Sinon, ç’en est fini de notre industrie. »
On conçoit qu’on ne peut rester sans réagir si l’arrivée en masse des voitures chinoises devait balayer une industrie qui fait tourner plus d’un million d’emplois directs.
Mais on rate deux choses dans cette exhortation :
- L’Europe est une puissance exportatrice. On peut protéger notre marché, mais pas nos marchés d’exportation. Mettre des droits à 30 % sur la voiture chinoise en Europe n’empêchera pas que la voiture européenne soit évincée ailleurs.
- L’Europe importe 40 % de biens intermédiaires de Chine. Les droits passent dans les prix et affectent un peu plus la compétitivité externe.
Donc le problème est plus grave et sa solution plus difficile. Ce qui pèche surtout, c’est que le renminbi ne prend pas en compte l’énorme avantage de compétitivité acquise par les produits chinois. Le graphique montre (en rouge) le net recul du taux de change réel du renminbi (amplifié par la moindre inflation chinoise). Et l’euro lui-même (vert) est sur une trajectoire d’appréciation constante. C’est insensé (note : CNY dans le graphique vaut pour Chinese Yuan) !

Il faudrait un Plaza bis comme celui qu’on avait imposé au Japon dans les années 80 pour faire remonter le yen. Mais le rapport de forces n’est pas du tout le même. Et la Chine ne veut surtout pas freiner ses marchés à l’export, car ils sont la clé de sa croissance et donc de son pacte social.
À défaut, avoir la force au niveau européen d’imposer que les entreprises chinoises s’installent en Europe et y apportent leur technologie. Et pour cela, plutôt que des droits, menacer de toutes les restrictions non tarifaires, comme par exemple imposer un contenu européen important dans les voitures importées, ce qui pousserait les constructeurs chinois à s’installer sur le sol européen et, au passage, apporter leur savoir-faire plus avancé. On reproduirait ce qu’avait apporté comme expertise industrielle les Ford et GM au sortir de la guerre.
La sottise de Trump est d’abimer le soft power des États-Unis, ce qui par rebond rehausse le prestige, le soft power et le poids géopolitique de la Chine, faisant passer à la trappe le fait que la Chine est l’ennemi de l’emploi manufacturier dans le monde entier. Trump rend plus difficile d’établir des coalitions propres à freiner le mercantilisme chinois.
Les forces de marché pourront-elles à terme forcer à retrouver la « vérité des prix » sur le yuan chinois ? Il y a ici un dilemme auquel se heurtent les Chinois : dans une logique de puissance et aussi pour capter le « privilège exorbitant » que confère une monnaie d’usage international, ils voudraient que le yuan prenne une envergure mondiale dans les échanges commerciaux et les flux de capitaux. Mais cet objectif est impensable sans une revalorisation significative du yuan, ce qui pénalise la compétitivité externe du pays et ralentira la croissance.
