Le résultat est pour le moins… décevant. Certes, la moitié des ménages du pays a rapidement téléchargé l’application. Mais depuis le début de l’année 2022, plus grand-chose. Parmi ceux qui ont téléchargé, 60 % environ n’ont fait aucune transaction si ce n’est dépenser le bitcoin gratuit fourni avec le compte. Et 20 % ne l’ont même pas dépensé.

Le graphique qui suit donne le détail de l’usage de Chivo selon une enquête menée auprès des ménages salvadoriens. Elle provient d’un article Are Cryptocurrencies Currencies? Bitcoin as Legal Tender in El Salvador, écrit par trois économistes.

Seuls les « branchés », déjà bancarisés, éduqués, jeunes et de sexe masculin, sont très actifs sur l’application, du moins avant la plongée récente du bitcoin. Ils profitent de l’absence de commissions de transaction pour s’amuser avec le bitcoin, comme le font (ou le faisaient !) beaucoup de jeunes un peu branchés de par le monde. Problème : ce groupe n’était pas du tout la cible visée par le projet gouvernemental.

Car il faut se rappeler le pourquoi du projet : l’idée généreuse est l’inclusion financière.

Car en théorie, les pays en développement comme le Salvador devraient être des candidats idéaux pour l’adoption des crypto-monnaies. Plus de la moitié des gens dépendent exclusivement de l’argent liquide, plutôt que des cartes de crédit ou de débit. Environ 70 % des ménages n’ont pas de compte bancaire et près de 90 % n’utilisent pas de services bancaires mobiles. Une plateforme de paiement numérique pourrait être un moyen de rendre l’économie plus inclusive et accessible.

La déception est grande. Si les entreprises sont tenues légalement d’accepter le bitcoin, seules 20% le font. Elles s’aperçoivent de l’énorme risque de change qu’elles subissent dès qu’elles veulent faire la conversion en dollars.

Beaucoup de pays d’Amérique latine disposent d’un bitcoin bien plus pratique, liquide, dont le cours est (assez) peu variable. Son nom ? Le dollar des États-Unis. Ainsi, l’Équateur a une économie quasi intégralement dollarisée. Cela pose d’autres problèmes, notamment une absence totale de politique monétaire indépendantes, mais du moins la monnaie circule facilement.

Et s’il fallait bâtir une plateforme de monnaie numérique, pourquoi ne pas demander à la banque centrale de le faire : il s’agit du projet MNBC qui est en phase d’examen dans beaucoup de pays.

Quelle mouche a donc piqué le nouveau président du Salvador, le populiste Nayib Bukele ?