IFRS 18 : le mode de présentation des résultats financiers de l’entreprise
IFRS 18 est une nouvelle norme comptable qui va modifier la façon dont les entreprises appliquant ce référentiel comptable présentent leurs comptes, principalement le compte de résultat et le tableau de flux de trésorerie.
Elle trouvera à s’appliquer avec les exercices ouverts à partir du 1er janvier 2027, avec publication de l’information comparable pour l’exercice précédent. Astra Zeneca a publié dans son rapport annuel 2025 ce à quoi aurait ressemblé son compte de résultat 2025 s’il avait appliqué pour cet exercice la norme IFRS, sans que cette partie soit auditée.
De façon surprenante, les normes IFRS n’étaient jamais beaucoup entrées dans le détail de la présentation du compte de résultat, se contentant de rendre obligatoire la présence du chiffre d’affaires, du résultat après impôt des activités poursuivies, du résultat des activités abandonnées et du résultat net. Nulle mention obligatoire du résultat d’exploitation ou du résultat courant avant impôt comme on les trouve dans les comptes publiés sous toutes les latitudes (voir la liasse fiscale française par exemple).
Évidemment, devant le silence des normes IFRS, les entreprises qui suivent ses normes ont depuis longtemps pallié ses insuffisances en s’inspirant des normes locales et des demandes des investisseurs, si bien qu’un certain consensus s’était dégagé au cours du temps, même si d’une entreprise à une autre les définitions des agrégats (résultat d’exploitation, EBE, endettement bancaire et financier net) pouvaient varier. La nouvelle norme n’est toutefois pas une révolution car elle ne change qu’à la marge la présentation des comptes, sauf sur deux points.
Dorénavant, en normes IFRS, un compte de résultat sera structuré en cinq parties :
- l’exploitation, avec l’apparition du résultat d’exploitation comme agrégat obligatoire ;
- l’investissement ;
- le financement ;
- l’impôt sur les sociétés ;
- les activités abandonnées.
Malheureusement, l’IASB a encore refusé l’obstacle de définir les éléments non récurrents qui, pour les investisseurs, sont l’un des enjeux d’un compte de résultat afin d’identifier les résultats susceptibles de se reproduire régulièrement. C’est ainsi que la catégorie Exploitation n’est pas définie en tant que telle, mais simplement comme le rebut de tous les produits et de toutes les charges qui ne trouvent place dans les 4 autres catégories. Certes, toutes les entreprises auront maintenant la même définition du résultat d’exploitation qui s’imposera à elle avec IFRS 18. C’est une maigre consolation, car ce sera donc toujours à l’analyste de se débrouiller pour établir un résultat d’exploitation courant, même si les nombreuses entreprises qui avaient pris l’initiative de calculer et de publier cet agrégat continueront de le faire, mais chacune avec sa définition des éléments non récurrents. Première déception.
La seconde déception provient de la première grande innovation de cette norme, qui fait disparaître le résultat financier de l’entreprise en :
- rattachant les produits financiers de placement de la trésorerie à la fonction Investissement, et
- rattachant les charges financières de son endettement brut à la fonction Financement.
Entre ces deux catégories, un nouvel agrégat comptable devra être mentionné : le résultat avant financement et impôt.
Ainsi les produits financiers de placement de la trésorerie se trouveront comptabilisés et présentés avec les loyers et les plus-values des immeubles de placement, avec les dividendes et les plus ou moins-value des participations non consolidées et la quote-part des résultats des sociétés mises en équivalence. Tout ceci parce que IFRS 18 considère que le placement des excédents de trésorerie de l’entreprise est un investissement comme un autre.
Alors que l’IASB prétend servir en priorité les intérêts des investisseurs, on ne peut être que surpris de cette innovation inutile puisque ces derniers raisonnent quasiment unanimement en endettement bancaire et financier net (des placements de trésorerie et équivalents), et en coût de l’endettement net. On rappellera que cet éclatement du résultat financier avait été retenu par Enron dans ses comptes[1] afin de présenter un agrégat (l’income before interest, minority interests and income taxes) moins volatil que le résultat d’exploitation. Ce qui n’est pas un brevet d’honorabilité pour le résultat avant financement et impôt (mais après produits financiers de la trésorerie).
En ce qui nous concerne, nous continuerons dans notre pratique professionnelle et pédagogique de raisonner en coût de l’endettement net, et ne modifierons pas en conséquence la présentation du compte de résultat pour les financiers contenue au chapitre 10 du Vernimmen. Cela fera simplement un peu plus de travail pour récupérer l’information, la retraiter en la mettant au bon endroit, dans des tableaux propices à l’analyse et à la réflexion.
Heureusement, IFRS 18 prévoit d’autres dispositions qui nous paraîssent nettement plus pertinentes. Ainsi, les entreprises qui choisissent de présenter un compte de résultat par fonctions devront donner en annexe un détail des principales charges par nature (dotation aux amortissements ou aux dépréciations, frais de personnel).
Les gains et pertes de change seront dorénavant rattachés à la catégorie à laquelle les éléments sous-jacents se rattachent, et non plus au résultat financier. Ainsi une perte de change sur le règlement d’une facture client sera rattachée à l’exploitation. Un gain de change sur une dette en devise sera affecté en financement. Et c’est une bonne chose, même si cela peut induire de la volatilité dans le résultat d’exploitation, qui ne fait que correspondre à une réalité économique.
Le gain ou la perte sur un instrument de couverture, y compris pour la partie de la couverture qualifiée de non efficace, sera rattaché à la catégorie à laquelle l’élément sous-jacent se rattache (Exploitation ou Financier).
Moins heureux nous paraît être le nouveau classement en exploitation des frais bancaires sur une ligne de crédit qui ne devrait pas être tirée. Aussi étrange est le classement dans cette même catégorie de l’exploitation des frais d’un affacturage déconsolidant d’une créance client, comme si un affacturage déconsolidant ou non n’était pas autre chose qu’un mode de financement. Mais les montants ne doivent normalement pas être tels qu’ils dévoient le jugement que peut porter l’analyste sur le niveau du résultat d’exploitation.
Les entreprises ont pris l’habitude au cours du temps, devant les lacunes de l’IFRS dans ce domaine, de publier des indicateurs alternatifs de performance comme le résultat opérationnel courant, l’EBE, le résultat net courant, le flux de trésorerie disponible, etc. qui ne sont pas définis par les normes IFRS (et pour cause). La norme IFRS 18 prévoit que si l’entreprise change d’indicateur financier, elle devra aussi expliquer le passage de l’un à l’autre. Elle prévoit aussi qu’une réconciliation entre les indicateurs financiers utilisés par l’entreprise et les agrégats IFRS les plus proches devra être présentée dans les comptes, ce qui est aussi une bonne chose et devrait éviter les définitions floues et changeantes au gré des circonstances. Ainsi, concernant les irritants du paragraphe précédent, l’entreprise aura toujours la faculté, dans sa réconciliation en annexe entre son indicateur de performance opérationnelle et le résultat d’exploitation IFRS, d’expliquer le passage de l’un à l’autre.
La seconde grande innovation d’IFRS 18[2] concerne le tableau de flux de trésorerie dont le point de départ ne sera plus ce qui avait fini par se généraliser au cours du temps, à savoir le résultat net, mais le résultat d’exploitation.
Cette évolution permettrait d’obtenir un flux de trésorerie d’exploitation plus pur, puisque privé des charges financières nettes des produits financiers qui seraient reléguées plus bas dans le tableau. Le flux d’exploitation est alors un excédent de trésorerie d’exploitation réduit seulement de l’impôt sur les sociétés, au lieu de l’être de l’impôt sur les sociétés et des charges financières nettes comme dans la présentation actuelle :

Par cohérence avec le traitement que nous préconisons au compte de résultat, nous n’acceptons pas l’éclatement des charges financières nettes, et de retirer les produits financiers perçus sur les placements de trésorerie des investissements industriels pour aboutir au flux d’investissements, sous prétexte que les placements de trésorerie sont considérés comme des investissements par IFRS 18, qui fait preuve sur ce point d’une absence de sens commun financier.
Nous modifierions alors en conséquence le tableau de flux de trésorerie publié dans le Vernimmen pour tenir compte de ce point de départ différent, et on aurait un tableau comme celui-ci :

Cette nouvelle présentation fait disparaître la notion de capacité d’autofinancement qui s’intercalait avant la variation du BFR et permettait de bien mettre l’accent sur la différence entre la capacité d’autofinancement et la réalité de l’autofinancement représenté par le flux d’exploitation. La capacité d’autofinancement soulignait ainsi en creux l’importance dans l’analyse de l’impact des variations du BFR qui s’intercalent entre les deux. On notera aussi que ce nouveau point de départ fait disparaître le lien direct entre compte de résultat et tableau de flux, puisque la dernière ligne du compte de résultat, le résultat net, constituait la première ligne du tableau de flux. Cela facilitait la compréhension du tableau de flux pour ceux qui le découvraient pour la première fois, tableau de passage entre le compte de résultat et le bilan, le tableau de flux bouclant sur la variation de l’endettement net qui trouve sa source au bilan. De nouvelles évolutions dans le tableau de flux à la mode IFRS ne sont pas exclues, puisque l’IASB a le projet de retravailler ce sujet à l’avenir. Nous verrons alors si elles nous font modifier la présentation du tableau de flux que nous préconisons, qui boucle sur la variation de l’endettement bancaire et financier net, qui nous paraît toujours plus intéressant que sur celle de la trésorerie que préconisent les normes IFRS.
Au bilan, il est essentiellement prévu par IFRS 18 que le poste Goodwill soit présenté sur une ligne à part des autres immobilisations incorporelles.
L’IASB réaffirme régulièrement son objectif fondateur de produire des normes qui satisfassent les investisseurs en capitaux propres, considérant que, si ceux qui prennent le plus de risques étaient satisfaits par ses normes, toutes les autres parties prenantes le seraient nécessairement aussi. On relèvera qu’il y a assez loin de l’intention à la réalité (comme l’illustre cette nouvelle norme), ce qui est toujours un facteur de déception.
Merci à François Andréoli pour sa relecture, même s’il ne partage pas toutes les idées exprimées dans cet article.
[1] Voir la page 31 de son rapport annuel 2000, le dernier publié avant sa faillite retentissante en 2021.
[2] Plus précisément dans un amendement à IAS 7 publié conjointement à IFRS 18.
Cet article a été initialement publié dans la Lettre Vernimmen.net n°236 (avril 2026). Il est repris par Vox-Fi avec une autorisation.
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