Il y a déjà de la musique dans l’adage boursier : « Acheter au son du canon (les mauvaises nouvelles, qui sont déjà dans les cours) et vendre au son du clairon (les bonnes). » Mais est-ce dans la bonne direction ? à voir. Si l’on entend par clairon de la musique enjouée, celle-ci semble plutôt pousser à l’optimisme boursier.

En tout cas, c’est la conclusion d’une étude qui paraîtrait hautement fantaisiste si elle ne figurait pas dans le très sérieux Journal of Financial Economics. Voir Music Sentiment and Stock Returns Around the World, disponible dans une version préalable sur Internet.

Les auteurs veulent vérifier la vieille idée que les esprits animaux comptent : on prend des risques et investit quand l’humeur est bonne et on reste sur sa réserve sinon. Mais comment attraper un indicateur fiable de l’humeur d’une population, qui plus un indicateur non lié à la langue et permettant une comparaison au niveau mondial ? L’idée est de regarder ce que les gens écoutent comme musique, sur la base du constat relativement avéré qu’on est plutôt enclins à écouter de la musique allante et gaie quand on est soi-même gais, et de la musique pensive, triste ou romantique quand on a le vague à l’âme. (Le fait est empiriquement vérifié s’agissant de la météo : la musique est pro-cyclique. On écoute plutôt de la musique triste quand le temps est triste ; et l’inverse quand il fait beau.)

Or, Spotify est un moyen de construire une telle variable d’opinion. Le site fournit ce qu’il appelle la « valence », c’est-à-dire le caractère plus ou moins enjoué d’une musique, établi selon un panel d’expert (ou un algorithme, chose à vérifier). Clairement La danse des canards, ici sur Youtube, est dans la première catégorie, la Musique funèbre maçonnique de Mozart, toujours ici sur Youtube, dans la seconde.

À partir de la valence, les auteurs construisent un indice de « clairon » boursier, en la pondérant par la fréquence d’écoute des titres sur Spotify, qui a plus de 250 millions d’auditeurs actifs dont une bonne part est dans les âges qui s’intéressent à la bourse. L’indicateur, qu’ils appellent le « sentiment musical » est la variation d’une semaine à l’autre de cette variable. Pour les citer :

Nous constatons que le sentiment musical est positivement corrélé aux rendements du marché de la même semaine et négativement corrélé aux rendements de la semaine suivante, ce qui est cohérent avec une appréciation boursière négative et temporaire induite par le sentiment. Les résultats sont également valables dans le cadre d’une analyse quotidienne. […] Le sentiment musical prédit également les augmentations des flux nets de fonds communs de placement et le sentiment absolu précède une augmentation de la volatilité des marchés boursiers.

Vient maintenant le graphique de la semaine, lui aussi très instructif. Que dit ce fameux indicateur d’optimisme musical pondéré par le nombre d’écoutes ?

Étonnamment, les pays d’Amérique latine – et l’Espagne ! – écoutent de la musique enjouée plus que partout ailleurs dans le monde. Les pays d’Asie ont les goûts les plus tristes en matière musicale. Les Français, dont on dit qu’ils sont pessimistes, ressortent favorablement d’une comparaison avec les autres Européens, au même niveau que les Scandinaves. Les Étatsuniens sont plutôt à goûter la musique triste.

Et quelle est la musique qui, d’après Spotify, a le pompon de l’optimisme en France ? C’est « September » du groupe Earth Wind and Fire. L’auteur de ce billet doit avouer que son moral du jour ne lui a pas permis d’en apprécier le côté dopant, ni musical d’ailleurs. La Danse des canards ferait mieux l’affaire.

 

Cet article a été publié sur Vox-Fi le 8 septembre 2021.