La démographie. Le problème majeur ?
La conférence annuelle de Jackson Hole, celle qui réunit tous les banquiers centraux de la planète, a porté en 2025 sur les problèmes d’emploi, plus particulièrement face à la situation de déclin démographique. Quelques chiffres d’abord sur ce déclin, puis une question, largement irrésolue devant la complexité du sujet, sur son impact économique : nos banquiers centraux doivent-ils s’en inquiéter ?
Ceux qui pensent que la baisse de la fécondité ne concerne que les pays développés se trompent. Voici les résultats pour quelques pays. L’Iran à 1,44, c’est une surprise. Et le tableau ne fait même pas figurer la Corée à 0,7. (Tableau tiré de Fernandez-Villaverde, The Demographic Future of Humanity, 2025.)

Un peu d’arithmétique
Point 1, il faut savoir qu’une population décline sur le long terme si le taux de fécondité (TF) est inférieur au taux de remplacement des générations, le TRG. On dit habituellement que ce taux de remplacement s’élève à 2,1. En fait, cela dépend de la mortalité des jeunes femmes avant qu’elles soient pleinement en âge de procréer et du déséquilibre lié à la surnatalité des garçons et leur mortalité infantile, chose, s’agissant de la surnatalité, qui est moins naturelle qu’attendu sachant les comportements de féminicide sur nourrissons ou d’avortement sélectif dans certains pays. La barre est donc bien plus haute pour certains pays moins avancés.


Point 2, on calcule aisément la dynamique de la population si le TF est inférieur au TRG. Si par exemple les générations ne devaient avoir qu’un enfant à partir d’aujourd’hui, c’est-à-dire si les TF devaient durablement être de l’ordre de 1,1 (et qu’on exclut aussi les phénomènes de vieillissement), la population mondiale passerait de 8 milliards aujourd’hui à :
- 1 milliard en trois générations (75 ans, soit 2100. On réduit de moitié à chaque génération)
- 125 en six générations (150 ans)
- 8 millions en dix générations (250 ans).
L’extrapolation est évidemment idiote et peut idiotement pousser au catastrophisme, mais le calcul a le mérite de montrer la possible rapidité du phénomène. Après tout, il semble que la population mondiale soit passée par un bas à 10 millions d’individus aux environs de la grande glaciation, 10.000 ans avant notre ère. Mais un déclin si rapide serait inédit historiquement.
Point 3, on estime tout aussi facilement ce que sera la population à très long terme en cas d’équilibre stable (TF = TRG) sur la base des naissances actuelles. En effet, certains pays développés ont aujourd’hui une espérance de vie à la naissance de 85 ans (en France, elle est de 85,6 ans pour les femmes et 80 pour les hommes en 2024). Et les naissances en 2024 ont été de 660.000 environ. La population française terminale sera donc 85 x 660.000 = 56,1 millions. Notons qu’on anticipe déjà une baisse de 2,3 % des naissances sur l’année 2025.
Les prévisions de l’ONU, sont-elles crédibles ?
Le département Population de l’ONU estime que la population mondiale atteindra un pic à 10,8 milliards en 2080 avant de commencer son déclin. Il s’agirait donc d’une problématique pour le 22e siècle, même si dès à présent la structure de la population par âge est bouleversée, avec une montée de la part des seniors dans le total et un déclin de la part des enfants.
Mais Fernandez-Villaverde cité plus haut fait le constat que les prévisions de cet organisme ne cessent d’être revues à la baisse et ceci pour quasiment tous les pays. Par exemple, pour la Turquie entre 2022 (courbe rouge) et 2024 (courbe bleue), soit un ajustement à la baisse de 15 % pour la prévision de naissance en deux ans :

Et pour obtenir le chiffre de 10,8 milliards à 2080, il faut bien sûr projeter ce que seront les taux de fécondité et les taux de remplacement dans le futur. Voici par exemple ce que retient l’ONU pour quatre pays (trait rouge fin). Ce n’est pas impossible car on sait d’expérience que la démographie est finalement un domaine très volatil, mais ce sont pour le moins des hypothèses « hautes ».

Doit-on s’en inquiéter ?
Les historiens dans quelques siècles sauront mieux dire les choses qu’on peut le faire à présent. Mais quelques pistes peuvent être pointées.
- La croissance va diminuer. Sur la très longue période, elle n’est autre que la somme de la croissance de la population active et de l’ « innovation technique », ou encore, pour le dire de façon compliquée, la productivité totale des facteurs. La croissance va donc baisser pour le moins de la baisse du rythme démographique.
- Est-ce à dire que le revenu par tête ne va pas baisser ? Plusieurs choses interviennent : le stock de capital (logements, infrastructures…) va se trouver démesurément surdimensionné par rapport à la population, ce qui peut soulager les finances publiques et permettre aux pays les moins avancés de dégager des marges budgétaires pour leur rattrapage.
- Mais beaucoup de dépenses ne dépendent pas du revenu par tête mais du revenu total, comme par exemple les dépenses de retraite, certains services publics comme la défense nationale, etc.
- Il est loin d’être exclu que l’innovation ne dépende pas simplement du revenu et de l’investissement qu’on y met, mais aussi de la taille de la population, c’est-à-dire des innovateurs. Elle est en partie endogène au niveau du revenu total. Il est probable aussi que dans une société de vieux, l’effort d’innovation soit moindre, mais moindre aussi l’agressivité que montrent naturellement chez les jeunes davantage que les anciens (moins de guerres ?).
- La nature pourra sans doute respirer un peu mieux avec une population moindre. Voir l’identité de Kaya expliquée ici dans Vox-Fi : moindre besoin d’énergie, moindres émissions de carbone, moins de ponction sur les ressources non renouvelables ou fragiles, Moindre nécessité de migrations climatiques, etc.
Autant de sujets qu’on ne cessera prochainement d’invoquer.
Cet article a été publié sur Vox-Fi le 8 septembre 2025.
