Dans un intéressant papier, Central bank digital currency: the quest for minimally invasive technology, Raphael Auer et Rainer Böhme, deux économistes de la Banque des règlements internationaux, décrivent comment peut être structurée la mise en place d’une MNBC.

On recommande le papier, mais l’œil est surtout retenu par un jeu d’excellents graphiques qui décrivent les différents montages possibles pour une émission par la banque centrale d’une monnaie numérique.

Le premier est général. Il rappelle qu’une monnaie numérique émise par une banque centrale est exactement comme des billets, c’est-à-dire une créance directement détenue par le public sur la banque centrale, créance ayant cours légal, c’est-à-dire ayant pouvoir légal d’éteindre toute dette. Le gros de la monnaie est formé de créances sur des agents privés, les banques commerciales.

 

Graphique 1

Le premier cas de figure est celui où le public détient directement des créances sur les livres de la banque centrale, la banque centrale jouant ici le plein rôle d’une banque commerciale. Ces créances ont la forme, comme pour les dépôts d’aujourd’hui, de comptes à vue ou bien de jetons (ou tokens) qui sont en quelque sorte des répliques numériques des billets tels que nous les connaissons aujourd’hui.

 

Graphique 2

Ce cas est le moins appétissant pour les banques centrales, puisqu’elles les obligeraient à assumer toutes les fonctions administratives que font les banques aujourd’hui. On préfère donc des schémas à deux étages, qui reprennent en pratique l’organisation bancaire actuelle.

Le premier cas est celui où des opérateurs privés, les ISP, institutions de service de paiement, dont les banques d’aujourd’hui, se posent en intermédiaires de la gestion des comptes. Mais ils ne sont là que comme purs prestataires de services ; ils ne détiennent pas les comptes (ou les jetons) qui restent logés dans le bilan de la banque centrale.[1]

 

Graphique 3

Un second cas de gestion indirecte est celui où les comptes restent logés auprès de la banque centrale, mais cette fois-ci, la compensation entre comptes peut s’opérer directement entre les différents ISP. La banque centrale ne s’occuperait pas de la comptabilisation individuelle des avoirs des particuliers en monnaie numérique, elle ne gèrerait que les positions respectives des différents ISP. (Il est prévu, dans ce cas et pour des raisons de sécurité, qu’une copie des transactions individuelles soit conservée à la banque centrale.)

 

Graphique 4

Un dernier cas nous éloigne à proprement parler de la MNBC, bien qu’il en ait une grande part des effets économiques. Ce serait les ISP qui détiendraient les comptes en monnaie numérique, devenant ainsi des banques de dépôts de plein rang, mais, pour ôter (quasi) tout risque de crédit à ces dépôts numériques, les ISP seraient contraintes de provisionner (« réserver ») l’intégralité des comptes auprès de la banque centrale. On aurait ici l’exacte réplique de ce que les économistes appellent la banque à 100% de réserves.

 

Graphique 5

À ce jour, les choix ne sont pas arrêtés, mais on oscille entre les solutions illustrées par les graphiques 3 et 4.

 

 

[1] C’est toujours une curiosité du langage bancaire qu’un banque « détienne » des comptes bancaires. Un compte bancaire est une dette de la banque