La pression concurrentielle chinoise. D’où vient-elle ?
On parle d’un rouleau compresseur qui semble tout écraser devant lui en matière de capacité industrielle. C’est le titre d’une étude très bien faite du Haut-commissariat à la stratégie et au plan en février 2026, L’industrie européenne face au rouleau compresseur chinois, avec Thomas Grjebine, Pacôme Lefebvre et Mattéo Torres comme rapporteurs. Le graphique qui en est tiré l’illustre parfaitement si l’on considère la position relative de la Chine face à l’Allemagne, aux États-Unis et à l’UE, ceci en termes de production manufacturière et d’exportations : seule la ligne rouge, la Chine, montre une croissance, et quelle croissance !

Quatre types d’explications sont généralement avancées pour expliquer cela :
- Des subventions anormales accordées aux industriels chinois
- Un taux de change délibérément déprécié
- Un avantage naturel de productivité et de coût unitaire
- Un excès d’épargne des ménages chinois.
On insiste ici sur le troisième facteur : la productivité et l’innovation, peut-être le plus important. Et ceci par ce second graphique. Il montre indirectement une tendance de hausse stupéfiante de la productivité et par conséquent de baisse des prix de production. En effet, malgré la hausse spectaculaire de la production manufacturière, l’emploi industriel chinois a fortement baissé à compter de l’année 2013 pour stagner à partir de 2019.

Une partie de ce reflux s’explique certainement par le déport vers d’autres pays asiatiques des entreprises chinoises face aux menaces protectionnistes naissantes des pays avancés et à leur avantage salarial. Mais il reste que la Chine mécanise et robotise ses chaînes de production par pression concurrentielle. Ses coûts unitaires baissent beaucoup plus rapidement que ceux des pays où elle exporte. Des prix attractifs en résultent.
Il est important de voir l’auto-renforcement endogène des innovations et des gains de productivité par effets d’échelle et de densité logistique. Les métropoles à la pointe de la technologie transfèrent une partie de la production vers les régions intérieures aux coûts plus faibles. On est loin du temps où les firmes étrangères venaient donner le coup de pouce initial et permettre l’appropriation de la technologie de démarrage.
Illustration : View of Beijing in China (1894)
Utagawa Kuniteru III (Japanese, active c. 1886-1895)


