Avec l’adoption des critères ESG (Environnement Social Gouvernance), les contrôles règlementaires se sont multipliés afin d’éviter le green et le socialwashing. A mesure que le processus d’intégration de l’ESG progresse au long de la chaîne de valeur des investissements financiers, les analyses dites traditionnelles et ESG convergent. La séparation entre les domaines de compétence des analystes  fondamentaux et ESG tend à disparaitre. L’ESG est perçue sinon comme neutre du moins comme complémentaire aux paramètres classiques de risque et de rendement d’un portefeuille.

Au départ, l’ESG était considérée comme un ensemble de facteurs de risque insuffisamment rémunérés par les marchés financiers, mais la probabilité que ces risques se matérialisent étant de plus en plus considérée comme mesurable, ils ont été de plus en plus intégrés dans la gestion des portefeuilles. Dans une première étape, le carbone a d’abord été pris en compte car des données fiables sont devenues disponibles depuis la publication du protocole GHG sur les gaz à effet de serre (GES) en 2001. La demande de stratégies d’investissement bas carbone s’est amplifiée depuis la directive sur le reporting non financier (NFDR). D’autres risques dans le pool ESG, comme les risques sociaux, vont sans doute être à l’avenir mieux valorisés, avec l’avènement d’un modèle de société plus durable et inclusif.

La possibilité d’intégrer les critères ESG dans la génération d’un rendement excédentaire (alpha) a été la deuxième étape du parcours des investisseurs ESG. Le potentiel de génération d’alpha réside dans les zones d’inefficacité possibles. Conformément au principe d’efficience des marchés, elles apparaissent lorsque les prix du marché n’intègrent pas pleinement toutes les données pertinentes. Ces dernières sont essentielles pour détecter les systèmes de prix pouvant conduire à des inefficiences de marché. Le manque de réglementation a ainsi été un facteur générateur d’alpha. Les réglementations à venir vont conduire à l’alignement des normes et des pratiques ESG. Les investisseurs bénéficieront d’une meilleure diffusion des données qui révélera notamment si les facteurs de risque intégrés dans l’investissement ESG sont uniques et idiosyncratiques ou s’ils peuvent être représentés par des facteurs de risques traditionnels.

Tant que persistera une certaine incohérence des normes et des données, les investisseurs seront en mesure d’exploiter ces inefficacités. Tant qu’il y aura une pression soutenue de la demande d’actifs  référencés ESG, la demande exercera un effet prix sur le marché. Ce phénomène se poursuivra jusqu’à ce qu’un point d’équilibre soit atteint lorsque l’investissement ESG et l’investissement traditionnel seront tellement liés que la définition autonome ESG cessera d’être distinctive. Cela se produira lorsque la frontière d’efficience de l’ESG sera atteinte et qu’aucun gain supplémentaire en termes de rendement- risque ne pourra être exploité par un apport supplémentaire d’ESG.

Sur la voie de l’adoption de l’ESG, il y a donc encore des opportunités à saisir. L’approche best-in-class (basée sur la sélection des meilleures entreprises en fonction de leur notation ESG au sein de leur secteur) est déjà bien exploitée par les investisseurs, mais  Il est temps d’adopter une approche axée sur la trajectoire des améliorations en termes d’ESG. Ce qui restera crucial, c’est une évaluation dynamique de la trajectoire ESG de chaque entreprise. Au niveau mondial, nous assisterons à l’émergence de thèmes ESG globaux portés par des récits puissants construits sur le marché et dans la société, qui offriront des opportunités, jusqu’à ce qu’ils soient complètement saturés. L’initiative d’émissions nettes zéro est l’une d’entre elles. L’accent mis sur la lutte contre les inégalités sera probablement le prochain thème, car il s’agit d’une priorité pour les gouvernements en cette phase de reprise. Certains thèmes mixtes combinant les aspects environnementaux et sociaux pourraient également émerger, comme le thème de la « transition juste » pour lutter contre le changement climatique de manière équitable.

Jean-Jacques Pluchart

(extrait d’un entretien avec Pascal Blanqué, président d’Amundi Institute)