Depuis la loi sur les sociétés commerciales de 1966, les entreprises cotées françaises sont tenues au double commissariat aux comptes. Voici, plus d’un demi-siècle après, que les Britanniques semblent s’y mettre eux-aussi.

En allant même plus loin que la législation française, dans les projets en discussion. À l’occasion d’une consultation auprès de la profession, il propose comme en France le double mandat pour les entreprises du Footsie 350, mais assorti de l’obligation que le second cabinet n’appartienne pas au Big Four, ce qui n’est pas le cas en France.

Les Big Four s’insurgent et comme position de repli proposent un plafonnement du nombre d’entreprises du Footsie qu’un même cabinet pourrait suivre en tant que CAC, proposition que le cabinet BDO semble soutenir.

Les arguments pour et contre cette mesure sont connus. Les adversaires indiquent qu’elle tend à accroître les coûts d’audit en dupliquant le travail. Les tenants soulignent au contraire qu’elle permet un dialogue plus fluide et équilibré entre les entreprises et leurs auditeurs. Dans mon passé de directeur financier, j’ai plutôt eu une expérience positive de ce double commissariat : on recueille un double avis, une double compétence et l’on peut, avec le doigté nécessaire, tirer avantage d’un point de vue différent d’un cabinet à l’autre, sachant à l’inverse que les deux auditeurs savent quand il le faut s’entendre parfaitement entre eux sur un mode good cop/bad cop. Et bien sûr, la mesure est aussi un facteur de concurrence accrue, en favorisant la montée en régime d’acteurs capables de rivaliser avec les Big Four.

Parmi les propositions en discussion au Royaume-Uni figure la sempiternelle idée de couper les activités de conseil et d’audit au sein des cabinets, sur laquelle on peut avoir des réserves : il y a une technicité acquise dans l’un des métiers qui est naturellement utile à l’autre. Il y a une problématique gendarme et voleur, ce que l’un apprend à aider l’entreprise dans ses opérations est un capital précieux dans la surveillance d’une autre entreprise. Il est plus commode et moins coûteux que cette synergie d’expertise se développe au sein d’un cabinet plutôt que par débauchage d’experts d’autres cabinets. Mais il s’agit là d’une autre discussion.