Le China shock atteint l’Allemagne
Vox-Fi analysait, dans un billet récent, le livre choc de Wolfgang Münchau (Kaput, The End of the German Miracle). Il analysait les quatre chocs mortels que subit aujourd’hui l’Allemagne (énergie avec la fin de l’accès au gaz russe, défense avec la fin programmée du parapluie militaire étatsunien, expertise industrielle avec le passage manqué au numérique, à l’internet et à l’IA, Chine avec le renversement des flux commerciaux).
Dans un article récent de Vox-EU, Dalia Marin de l’Institut Bruegel, se penche sur le dernier choc, celui venu de la Chine.
Dans deux des domaines où l’Allemagne était le plus compétitive, à savoir l’automobile et les machines-outils, elle commence à être supplantée par la Chine et ceci pas uniquement sur les marchés extérieurs, mais sur le marché allemand lui-même. Le graphique qui suit l’illustre parfaitement.

Le phénomène est récent, indique Marin, datant de 2020, alors que la China shock avait réellement frappé les États-Unis à compter de 2005.
La recommandation de Marin est de faire le constat, douloureux pour l’ego germanique, que la Chine supplante désormais l’Europe dans beaucoup de domaines industriels et qu’il convient de répliquer, à l’envers, ce qui avait permis à la Chine de faire exploser la productivité de son industrie, à savoir favoriser l’implantation de groupes industriels chinois en Europe, sous la condition de transfert de technologie et de participation des capitaux européens. Elle écrit :
À cette fin, l’Allemagne devrait procéder à une rétro-ingénierie de la politique industrielle chinoise en subordonnant l’accès au marché européen à la création de coentreprises avec des entreprises européennes. […] Au cours des 20 à 30 dernières années, la Chine a exigé des investisseurs étrangers qu’ils créent des coentreprises comme condition d’accès à son vaste marché. En collaborant avec les fabricants chinois de véhicules électriques et de batteries, les constructeurs automobiles allemands pourraient acquérir l’expertise technique nécessaire dans ce domaine pour rester compétitifs à l’échelle mondiale. La Commission européenne a adopté cette politique en 2024.
Seule la dernière phrase appelle des réserves. On ne voit pas vraiment l’UE prendre des mesures fortes en ce sens.
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