Le crédit privé, un outil bien adapté pour les entreprises de service et de la tech
Par crédit privé, on entend les crédits non bancaires octroyés par des fonds spécialisés à des entreprises non financières. Le financement de ces fonds se fait par collecte d’épargne sur les marchés et non par création monétaire. Sachant l’illiquidité des crédits accordés, les investisseurs dans ces fonds sont en général bloqués pour une période pouvant aller jusqu’à huit ans. Il y a donc adéquation entre la durée de vie (la duration) des prêts et celle des financements au passif.
Les emprunteurs en crédit privé ne sont pas en général des grandes entreprises qui ont directement accès au marché obligataire. Ce sont plutôt des entreprises petites ou moyennes dont les caractéristiques de bilan ne conviennent pas trop aux banques traditionnelles. Celles-ci en effet prêtent en général sur la base d’actifs physiques ou sur des durées assez courtes, telles les avances de trésorerie. Elles sont moins à l’aise pour prêter sur flux de caisse prévisionnels ou sur actifs incorporels, cas typiques des entreprises de la tech ou des services.
C’est donc là qu’est la première cible commerciale des fonds de dette privée.
Un autre avantage de ces fonds, à la différence du marché obligataire ou du marché des prêts syndiqués, c’est la possibilité de profiler le contrat de prêt au plus juste des besoins du client emprunteur. Les prêts sont le plus souvent directement négociés de gré à gré entre prêteurs et emprunteurs. On introduit ainsi des clauses contractuelles sur mesure (des « convenants ») mieux adaptées à la structure du bilan, à la liquidité à venir de l’emprunteur et aux fenêtres de renégociation.
Le graphique qui suit montre la très vive croissance de l’encours de crédit privé aux États-Unis, puisqu’il dépasse désormais les 2,5 Tr$ et surtout son envolée depuis les années 2020 quasi exclusivement liée à la forte demande du secteur tech, qui fait à présent 40 % de l’encours total.
La Banque des règlements internationaux (BRI ou BIS en anglais) est une institution prudente. C’est de là que sont tirés les graphiques de ce billet. (Voir Financing the digital economy: the role of private credit, BIS Quarterly Review, September 2026.)
Elle tient à souligner dans son commentaire que la montée récente du crédit privé n’est certainement pas liée à des taux d’intérêt bas (dont on sait qu’ils pénalisent les banques dont la ressource principale, les comptes à vue, est gratuite) ; ni liée à l’avantage d’une moindre régulation – ce dont se plaignent les banques traditionnelles – puisque le degré de régulation est resté en gros constant au cours des neuf dernières années. Voir le graphique qui suit.
Donc une modalité de crédit attractive mais, ne pas l’oublier, beaucoup plus chère. Le taux moyen des nouveaux crédits bancaires aux sociétés non financières s’est établi à 3,54 % en décembre 2025 nous dit la Banque de France. Pour une PME/ETI de qualité raisonnable, on est généralement sur un spread de l’ordre de 150 à 250 points de base au-dessus de l’Euribor.
Il n’y a pas de statistiques très fidèles sur le crédit privé qui touche certes des profils de risque plus élevés, mais on estime généralement que les spreads sont dans une fourchette de 500 à 650 pb au-dessus de l’Euribor, soit un taux all-in de l’ordre de 7 à 9 %.
Illustration : Spa, Germany — a road flanked by a high bank
Robert Streatfeild (English, 1786–1852)
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