Le choc exogène provoqué par la mise en forme des hommes et des entreprises se révèle être d’une violence économique et sociale inouïe pour notre pays, mal préparé à une pandémie et dont les avantages comparatifs se situent parmi les secteurs les plus   touchés. Les grands agrégats estimés pour 2020 (11% de décroissance, de déficit public et de chômage) donnent le vertige. Mais l’effet multiplicateur puissant des politiques monétaires et budgétaires annoncées par la BCE et la Commission européenne sont de nature à faciliter le refinancement de l’économie. Une part non négligeable du choc devra toutefois être absorbée par les entreprises et par les ménages rendus vulnérables par cette crise sanitaire. L’Etat avait pourtant bien joué son rôle de filet de sécurité en nationalisant les salaires du secteur privé (chômage partiel) et les risques de faillite des entreprises (PGE). Avec un chiffre d’affaires en berne et des consommations de cash en 2020, les PME sous-capitalisées ne pourront pas rembourser leurs PGE et tenir en trésorerie. Ce n’est pas en les noyant de crédits qu’on pourra sauver celles qui ont grillé leurs fonds propres. La casse sera inévitable et la sinistralité importante. La proposition Blanchard-Tirole d’un abandon de créances plus que proportionnel des engagements publics sur les sociétés en règlement judiciaire pourrait favoriser un redémarrage.

L’encours actuel de l’endettement des sociétés non financières s’approche aujourd’hui des 2 000 Md€, soit un doublement par rapport à la crise de 2008. La spirale de la dette fragilise à long terme l’économie. C’est en apportant rapidement des fonds propres aux entreprises porteuses de croissance que celles-ci pourront relancer la machine et investir. Les fonds propres sont un matelas permettant de se protéger des risques inattendus et d’investir dans la préparation de l’avenir. Encore faut-il, s’agissant des entreprises de moyenne taille, que le dirigeant, ou la famille propriétaire (40% des ETI sont des entreprises familiales), accepte d’ouvrir le capital à de nouveaux actionnaires, avec hélas d’épuisantes discussions sur la valeur d’entreprise et sur la garantie de sortie. Mais certaines de ces entreprises, dans la tourmente, auront-elles vraiment le choix ?

Ces discussions devraient être plus faciles avec des investisseurs professionnels portant un regard constructif sur la capacité de rebond à moyen terme des cibles sélectionnées avec discernement. L’arrivée d’investisseurs en capital extérieurs renforce la confiance dans l’entreprise et apporte un conseil stratégique et de proximité permettant d’alimenter la réflexion des dirigeants. Le capital-investissement français, qui est détenteur de capitaux importants à investir, est prêt à jouer son rôle. Le recours à des instruments financiers hybrides, tels que les obligations convertibles, est une bonne solution, de même que l’appel à des co-investisseurs dans les régions.

Certains secteurs stratégiques bénéficient du soutien inconditionnel de la puissance publique, mais les aides d’Etat n’auront qu’un temps. Le refinancement des entreprises et la relance des investissements ne reposeront plus sur l’Etat et les fonds publics. Le secteur privé devra prendre le relais et s’appuyer sur des mécanismes de marché ayant  fait leurs preuves. Les besoins de capitaux propres vont inévitablement accélérer les concentrations, exposant certains de nos fleurons à des risques de prise de contrôle. Les entreprises qui souhaiteront ne pas modifier leur capital et leur gouvernance, pourront se faire accompagner durablement en « quasi- fonds propres ». Les investisseurs institutionnels qui ne sont pas contraints par les ratios prudentiels sont bien placés pour jouer ce rôle de stabilisateurs à long terme. Des instruments financiers, tels que les titres participatifs (valeurs mobilières n’octroyant ni droit de vote ni part dans le capital mais offrant une rémunération attractive), semblent adaptés aux besoins actuels.

Il faudra ensuite tout faire pour que l’épargne accumulée par les particuliers, l’épargne salariale et la bourse reprennent le chemin du financement des entreprises.