Un bon graphique vaut mille mots, dit-on. On va quand même en rajouter quelques-uns pour introduire le graphique qui suit, venu d’une note très bien faite de l’INSEE. Les activités humaines conduisent à l’émission de gaz à effet de serre (GES) qu’on mesure en tonnes de CO2 ou équivalent CO2. Elles proviennent pour l’essentiel de la combustion d’énergies fossiles, soit pour la production, soit pour la consommation de chauffage et de transport des ménages. Il faut y ajouter les émissions liées à certaines activités comme la confection du ciment, la chimie ou l’élevage, et y retrancher les activités qui absorbent le carbone, comme une activité forestière bien conduite ou le stockage du carbone à la sortie des centrales thermiques ou des fours (une activité toutefois controversée puisqu’elle incite à davantage de centrales thermiques). 

Comment répartir ce montant entre les pays, notamment au regard des engagements pris au niveau international ? C’est ce que montre le graphique pour la France, dans un calcul fait par habitant. 

 

Chaque résident français émet 6,9 tonnes d’équivalent CO2 (TEC), soit pour la fabrication des biens et services (5,1 TEC), soit pour les services de chauffage et le transport pour les ménages (1,8 TEC).  

Mais ce n’est qu’un (petit) bout de l’histoire, car une part de l’émission faite sur notre sol est exportée et en revanche une part de notre consommation nationale provient des importations, à destination de la production ou des ménages. Comme on le voit, on « importe » bien plus de carbone qu’on en exporte, c’est-à-dire, on importe surtout des biens à fort contenu carbone et l’inverse pour les exports.  

Au total, le bilan carbone de la France, appelé empreinte carbone, est de 9,2 TEC par habitant en 2018. À noter que les engagements internationaux des pays pris lors de la COP 21 pour faire suite aux accords de Paris de 2015, portent sur les émissions « intérieures » ou « patrimoniales » pour parler comme l’INSEE, c’est-à-dire le 6,9 plutôt que le 9,2 des émissions « nationales ». 

La même importation massive s’observe pour l’ensemble des pays européens, mais particulièrement la France, davantage forte dans les métiers de services que dans l’industrie.  

D’une certaine façon, sans que ce soit l’objectif suivi, la forte désindustrialisation du pays a consisté à exporter les activités fortement polluantes en GES. Si l’objectif avait été celui-ci, l’absurdité aurait été patente, car le carbone émis dans l’atmosphère, qu’il le soit en Asie ou en Europe, se répartit joyeusement sur toute la surface du globe sans faire de jaloux. La planète chauffe et c’est tout. 

Mais si l’objectif devient au contraire de restreindre les émissions de carbone, alors il peut être utile au Français moyen de notre statistique de réfléchir s’il est aussi pertinent que cela d’exporter les activités industrielles. Il semble, dit cet article des Echos, que l’empreinte carbone d’un vêtement fabriqué en France soit deux moins élevée qu’en Chine (20,7 contre 43,3 kg équivalent CO2), que ce soit par usage d’un énergie plus propre, par limitation des coûts logistiques ou par le choix d’une techno moins gourmande en CO2. 

Bref, un bout de réindustrialisation du pays n’a que des avantages.