Les 1,2 milliards de dollars d’excédent commercial de la Chine !
Le graphique qui suit, tiré d’un post de Setzer, Weiland et Baur du Conseil des relations extérieures étatsunien, et longuement commenté dans le blog de Paul Krugman (largement repris ici), montre le surgissement sur la scène mondiale de la position commerciale de la Chine dans les biens manufacturés. La courbe rouge qui décrit le phénomène semble prendre l’escalier roulant : bientôt 2 % du PIB mondial !
(Le graphique est aussi l’occasion de se souvenir que le surplus allemand allait jusqu’à toucher 1 % du PIB mondial dans les années 1980, chose ancienne désormais ! Clairement, les courbes noire, jaune et surtout bleue de resp. l’Allemagne, le Japon et les États-Unis ne trouvent pas que la courbe rouge soit une bonne copine.)

Ce surplus « aberrant » pose désormais un problème géopolitique majeur. Mais on doit l’analyser froidement et ne pas tomber dans un protectionnisme simpliste. Il a du bon comme du mauvais. Il semble simplement que le mauvais l’emporte aujourd’hui.
La Chine, en effet, ne « vole » pas les autres pays en vendant plus qu’elle n’achète. Au contraire, la Chine subventionne le reste du monde en lui vendant des produits à bas prix. De plus, comme sa balance des paiements reste équilibrée, son excédent commercial correspond à des achats financiers à l’étranger supérieurs à ce qu’elle lui vend. En particulier, la Chine achète des titres souverains et d’autres actifs, surtout en dollars, qui rapportent de faibles taux d’intérêt, ce qui contribue à maintenir ces taux à un niveau bas.
Krugman a l’image parlante d’un magasin, la Chine, qui proposerait des marchandises à prix cassé, assorties de plans d’achat immédiat et de paiement différé avec des frais financiers peu élevés. Une belle subvention au reste du monde !
Mais tout n’est pas rose pour les pays importateurs. Trois raisons.
1/ Il y a un problème de vitesse d’adaptation. La violente augmentation des exportations chinoises perturbe l’économie et la société. Le « choc chinois » provoqué par la croissance rapide des exportations chinoises entre la fin des années 1990 et 2010 a entraîné la perte de plus d’un million d’emplois aux États-Unis, dans des secteurs et des communautés très ciblés. Même chose en Europe, sachant qu’on entame désormais un second choc, avec un yuan très sous-évalué et des marchés étatsuniens qui se ferment.
La balance globale en termes d’emploi n’est pas forcément négative, mais allez dire cela aux gens qui perdent leur emploi. Et la rapidité du choc autant que sa violence sont socialement déstabilisatrices.
2/ Il y a un problème de sécurité et de souveraineté. Il importe de conserver une capacité nationale dans les secteurs cruciaux pour la sécurité nationale. Cela vaut d’ailleurs aussi, et peut-être davantage encore, pour les relations entre l’Europe et les États-Unis. Les gouvernements qui contrôlent les « points d’étranglement » économiques — nœuds cruciaux du système de production mondial — peuvent utiliser, et utilisent effectivement, ce contrôle pour étrangler, ou menacer d’étrangler, leurs rivaux géopolitiques.
Les beuglements de Trump viennent du fait que les États-Unis ne sont plus les seuls à contrôler les points d’étranglement. Nous nous en satisfaisions en Europe tant que les États-Unis faisaient au fond partie de la famille. C’est moins assuré aujourd’hui. En tout cas, ce ne l’est pas du tout s’agissant de la Chine, dont il est difficile d’oublier qu’il s’agit d’un État dictatorial.
3/ Il existe un risque que la Chine s’assure un avantage à long terme dans les industries d’avenir. Pour illustrer cette préoccupation, prenons un exemple de concurrence internationale non lié à la Chine : la domination déjà acquise des États-Unis sur l’Europe dans le domaine des technologies de l’information. Ici, une avance précoce a créé un « écosystème » auto-renforçant de travailleurs qualifiés et de fournisseurs spécialisés, rendant très difficile l’entrée de l’Europe sur ce marché. Il aurait été bon qu’elle ait été un peu plus restrictive face à l’entrée des big techs il y a 20 ans sur son territoire.
La Chine semble déjà se diriger vers un contrôle similaire sur un certain nombre d’industries, telles que les panneaux solaires et les voitures électriques. D’autres industries suivront si les excédents commerciaux massifs persistent.
En résumé, il y a un sujet important. La question des contre-mesures est posée. Elle ne peut être traitée dans un simple « graphique de la semaine » de Vox-Fi. Plus là-dessus prochainement.
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