Les prêts des banques publiques chinoises aux pays en développement ont pris leur essor vers 2010. Le nom public donné à cette vague de prêts était l’Initiative Belt and Road, souvent traduite en français par les routes de la soie. L’idée générale était, par l’aide à la construction d’infrastructures, de développer les liens commerciaux et politiques à travers l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique. Vox-Fi a déjà évoqué le sujet ici. Ceci devait aider à garantir à l’économie chinoise l’accès aux matières premières, tout en ouvrant de nouveaux marchés à l’export. De plus, ces accords impliquaient souvent que le pays concerné emprunte à la Chine une bonne part de ce qu’il devait payer aux entreprises chinoises qui viendraient construire les infrastructures. En arrière-plan de ces arguments économiques se trouvait l’espoir ou la croyance que la Chine approfondirait ses liens politiques avec les nations emprunteuses et son influence sur ces nations.

Sebastian Horn et d’autres auteurs mettent l’histoire à jour dans « The China’s Lending to Developing Countries: From Boom to Bust », avec deux graphiques intéressants.

Le premier montre à quelle vitesse les prêts ont décollé vers 2010 pour se tarir vers 2019 et se transformer, au cours des dernières années, en remboursements.

 

Le second montre la dette « officielle » totale des pays en développement — c’est-à-dire la dette qui n’est pas due aux banques ou entreprises privées. La ligne rouge montrant la « dette envers la Chine » dépasse la dette totale envers le FMI vers 2007 et est à peu près égale à la dette totale envers la Banque mondiale depuis environ 2016.

 

Si on se focalise à présent sur les seuls prêts à l’Afrique, un rapport récent publié par la Global China Initiative de l’Université de Boston montre que la vague montante va jusqu’à 2016 pour s’interrompre assez brutalement ensuite.

 

Comme les États-Unis l’ont appris dans les années 1980 et 1990, il est facile d’être populaire pendant l’acte d’ouverture des prêts internationaux. Mais lorsque les prêts ne sont pas remboursés à temps, le prêteur peut rapidement devenir impopulaire.

Le Club de Paris face à un resquilleur

Lorsque les pays ont des difficultés à rembourser leurs dettes, la réponse politique standard consiste à réunir tous les prêteurs dans une salle et à leur faire accepter de refinancer le prêt en abandonnant une part de son montant. Il s’agit essentiellement du « Club de Paris ». La logique est qu’aucun prêteur n’acceptera de recevoir moins si jamais les autres sont remboursés intégralement. Mais si tous insistent pour être remboursés intégralement, le résultat peut être un effondrement économique dans le pays emprunteur, ceci au détriment des prêteurs. Il vaut mieux une perte modérée maintenant plutôt qu’une grosse plus tard.

Or, les prêteurs chinois ont largement refusé de participer à ces arrangements, signifiant par là que les pertes étaient pour les autres.

Il faudra quelques années pour tirer au clair l’héritage des prêts étrangers de la Chine au titre des Routes de la soie. Certains des projets d’infrastructure fonctionnent très bien ; d’autres avaient meilleure apparence sur la planche à dessin que dans la réalité. Certains pays ont des liens plus étroits avec la Chine en conséquence ; d’autres regardent maintenant l’influence et l’argent chinois avec un œil méfiant, et même hostile. La façon dont les dettes envers les prêteurs chinois seront finalement résolues, pour le meilleur ou pour le pire, sera le point culminant de cette histoire.