La loi PACTE incite les entreprises et oblige les plus grandes d’entre elles à d’afficher des principes et des engagements RSE forts et concrets, partie intégrante de leur stratégie. Si la démarche est légitime et plébiscitée, je récuse le terme de « raison d’être » proposé par le rapport Notat-Senard et retenu par le législateur et considère que les statuts n’en sont pas le bon support.

Ces principes et engagements ne peuvent pas être, pour l’entreprise, à eux seuls la raison d’exister, même s’ils compromettent son existence en cas de défaut. Ils relèvent de l’éthique qui est une façon d’exercer son métier et imprègnent une culture d’entreprise. L’éthique est souvent assimilée à la morale à cause de leur même sens étymologique en grec et en latin. En l’occurrence, l’éthique serait l’application de principes moraux relevant d’un « impératif catégorique » qu’on s’assigne en matière de RSE. Alors « éthique » ou plus simplement « vocation » ou « mission », mais, de grâce, pas « raison d’être ». Personnellement, j’utilise la raison d’être pour définir la finalité d’un poste en tête d’une description de poste en RH. Si le poste n’existait pas, faudrait-il le créer ?

La seule raison qu’on trouve aujourd’hui dans les statuts, c’est la raison sociale et on devrait s’en tenir là. Les statuts des entreprises ne se prêtent pas à l’adjonction d’une « raison d’être ». Il suffit de les lire pour voir qu’on n’est pas sur le même registre. Ils sont arides et conventionnels. Du juridisme. L’objet social se limite à une liste d’activités pour les besoins d’un code SIRENE. Danone : industrie et commerce de produits alimentaires, Michelin : production, fabrication, vente de caoutchouc, sous toutes les formes et pour tous usages. Atos ajoute sa raison d’être en fin d’article « objet social », ce qui tombe comme un cheveu sur la soupe et détonne encore plus par l’emphase et la formulation. Ou alors il faudrait refondre totalement l’objet et la structure des statuts.

Il semble plus pertinent de fédérer les parties prenantes sur une charte éthique, d’en faire un pacte solidaire et mobilisateur, assorti d’objectifs et d’indicateurs inscrits dans la durée.

Et les sites internet sont aussi de très bons vecteurs. Sur le site de Valrhona par exemple, sous la rubrique « nos engagements » sont exposés les partenariats et les pactes auxquels adhère l’entreprise. En sourcing, ils s’interdisent d’importer du cacao provenant de plantations où l’on recourt au travail des enfants. Ils aident à éviter la déforestation, etc. avec des actions précises et concertées avec leurs partenaires. C’est, transposé dans leur domaine, ce que l’investisseur de Michelin attendrait du groupe, selon Vox-Fi (Cf. article de F. Meunier) : s’engager à réduire son empreinte carbone et subordonner ses investissements à cet objectif. Les salariés sont très sensibles à cette stratégie de responsabilité et ce n’est pas un hasard si Valrhona (membre du groupe Savencia ex-Bongrain) est depuis sept ans dans le haut du classement de GPTW (Great Place To Work).