Cette année est à marquer d’une pierre noire pour les professions de l’agroalimentaire :

Nous allons essayer d’expliquer la situation vécue en ce moment par les filières, qui utilisent les céréales comme intrant de base, au travers d’un produit considéré comme de première nécessité par les Français : La moutarde.

En France on compte six acteurs principaux, dont les plus significatifs sont plus ou moins bourguignons. On peut citer Amora-Maille, l’Européenne de Condiment, Reine de Dijon, Edmond Fallot, qui sont soit PME/ETI indépendante, ou filiales de groupes allemands et néerlandais.

Outre leur lutte interne, ils sont fortement concurrencés par des producteurs étrangers qui profitent de l’absence de protection de l’appellation « Moutarde de Dijon », pour attaquer sur les prix. D’où l’importance d’avoir une matière première au meilleur coût. Cette concurrence est surtout un frein à l’exportation : 90% de la production consommée en France reste produite autour de Dijon en Bourgogne, ainsi que 50% de la consommation Européenne.

Les impacts du réchauffement climatique ont été ressentis partout dans le monde, à une échelle encore jamais atteinte : Canicule extrême en Amérique du Nord et en Europe de l’Est, inondations en Inde, canicule et pluie en France. Les rendements des exploitations agricoles s’en sont trouvés très dégradés pour toutes les céréales. La graine de moutarde est une céréale dont la culture est proche de celle du colza. Son cours est indexé sur le marché des oléagineux.

Comme les autres, son marché est mondialisé. Les graines de moutarde viennent aujourd’hui du Canada (qui représente entre 60% et 70% des approvisionnements en graine de moutarde brune), de l’Ukraine et de l’Inde, pays pratiquant la culture extensive. La culture a été relancée en Bourgogne depuis quelques années pour garantir des approvisionnements suffisants, et pour pouvoir augmenter la valeur ajoutée perçue par le client en créant une IGP « Moutarde de Bourgogne ».

L’une des principales places de marché est celle de Chicago, où 5% des brokers représentent 70% des transactions. Ils ont conclu des marchés directement avec les gros producteurs nord-américains, et plus particulièrement, pour la moutarde, canadiens. La mauvaise récolte 2021 est une catastrophe pour les fermiers, dont certains sont en faillite, faute de pouvoir livrer et devant payer des pénalités. Pour les industriels, peu diserts sur le sujet, l’impact est variable en fonction de leur niveau de couverture à terme. Le marché spot montre des hausses supérieures à 50%. Pour certains engagements mal cadrés juridiquement et non respectés, les effets sont encore plus importants. Citons un lot de graine, achetée environ 800 € la tonne dans des conditions normales a été payé plus de 4 fois son prix en spot.

La matière première représente 50% à 75% des coûts des moutardes vendues, en fonction du conditionnement.

Sur les conditionnements, les industriels sont aussi fortement impactés par les pénuries de matières générées par la reprise de l’activité : Le carton a pris entre 8% et 10%, le verre pour le flaconnage supérieur à 10%. Le métal utilisé pour les couvercles peut subir des hausses de 40%. Cet effet matière est plus difficile à cerner, car les hausses s’étalent depuis quelques mois et vont se prolonger sur 2022.

A la vente les différents canaux sont le B to B, avec des livraisons en vrac, et le B to B to C regroupant des débouchés comme les grossistes, la restauration hors foyer, la grande distribution et les épiceries fines. Comment absorber de telles hausses dans les prix de vente ?

A chaque canal ses problématiques : La matière première représente entre 50% et 75% de la valeur de la moutarde consommée, en fonction du conditionnement. Pour la moutarde livrée aux industriels qui l’intègrent dans leurs préparations, les hausses annoncées seront importantes, mais impactent peu le prix du produit final.

En ce troisième trimestre, les discussions tarifaires avec la grande distribution viennent de commencer. Que faut-il en attendre sur le prix de la moutarde dans les rayons des supermarchés ? Les industriels sont pris entre leurs impératifs de rentabilité et la politique des centrales d’achat qui est bien loin des déclarations récentes de certains dirigeants d’enseignes, assurant la main sur le cœur que toutes les parties prenantes vont se partager la hausse, tout en protégeant le consommateur. Les enseignes ont besoin de ce produit dans leur rayon, que se soit sous leur marque distributeur soit sous les marques des fabricants. Le bras de fer est engagé. Gageons que la moutarde n’est pas le seul produit concerné.