Le futur sera peut-être ce qu’il sera, à savoir un monde de monnaie électronique, oubliant pièces et monnaie, à l’exception peut-être des petites coupures. En attendant, la fièvre pour les billets, le « dash for cash », n’a jamais été aussi forte. Qu’on en juge par ces deux graphiques, tiré d’un billet écrit par Jonathan Ashworth, Charles Goodhart pour Vox-EU.

Le premier reporte la croissance annuelle en pourcent des billets en circulation dans la zone euro, ceci arrêté à mai 2020. On retrouve des croissances proches, à plus de 10% en glissement annuel, de celles connues lors de la crise de l’euro de 2015, et l’on est en voie de rattraper le niveau atteint lors de la récession de 2009. On voit aussi la violente montée de la demande pour les coupures de 200 € – commentaire dans un instant.

 

Graphique 1 : Les billets en circulation en zone euro (croissance annuelle)

 

La ruée 2020 vers les billets est plus marquée encore aux États-Unis : la croissance à fin mai y est de 12%, dépassant le pic connu en 2009.

 

Graphique 2 : Les billets en circulation aux États-Unis (croissance annuelle)

 

 

Un mot donc sur la vive demande, historiquement élevée, pour les coupures de 200 €. Voici des billets assez peu pratiques pour aller acheter sa baguette de pain. Pourtant ils ont contribué pour 30% à la croissance de la circulation de billets dans la zone euro entre mars et mai 2020 alors qu’ils ne représentent que 7% de la valeur des billets en circulation. On peut s’étonner que la courbe n’ait pas surgi lors de la récession de 2009. La réponse est simplement que l’émission de coupures de 500 € a été interrompue en zone euro à la fin 2018 et que la demande s’est reportée sur celles de 200 €. Une grande partie de ces billets est exportée au titre des transferts des travailleurs migrants mais aussi des malfrats, qu’ils opèrent en zone euro ou ailleurs.

La Banque de France publie un intéressant topo sur les pièces et billets qui, en particulier, illustre bien le phénomène. On voit par exemple dans le tableau ci-dessous que les entrées de billets de 10%, c’est-à-dire les retours aux guichets des banques centrales, équilibrent à peu les sorties, qui répondent à la demande des agents. Pour le billet de 200 € par contre, les sorties dépassent de très loin les entrées.

 

 

Attention pour finir à ne pas surinterpréter ces graphiques et tableau. Les dépôts en comptes à vue auprès du système bancaire ont crû également très rapidement au cours de la coronacrise. C’est donc avant tout un besoin de liquidité et d’aversion pour le risque qui domine dans des périodes telles que la présente crise, d’autant plus, s’agissant des comptes à vue, qu’ils sont protégés par l’assurance des dépôts. Il n’y a pas à ce jour, à l’inverse de ce qui a été observé lors de la crise financière de 2008-09, de défiance vis-à-vis du système bancaire.