La France est un pays de conflictualité et l’instance politique semble incapable de la résorber sur le fond. Il faut donc un accommodement, un sas de décompression qui nous permette de vivre ensemble alors qu’il nous manque de véritables espaces de compromis.

Suivant une hypothèse que formulait déjà Jean-Marc Vittori en 2005, ce sas de décompression semble avoir été l’inflation jusqu’en gros au début des années 80, puis, changement de régime, la dette à partir de là.

Le graphique joint est fascinant pour qui tente de vérifier cette hypothèse. On y voit la dette (sur le PIB) et l’inflation en France sur longue période.

La dette dessine un bel arc. Les années 50 et 60 ont vu une baisse spectaculaire de la dette, dont les raisons sont multiples : croissance forte, répression financière faisant que l’inflation pouvait déprécier la dette sans que les agents privés puissent protester en poussant les taux d’intérêt à la hausse.

 

Les deux chocs pétroliers des années 70 ont commencé à faire frémir vers le haut l’endettement public. Mais, clairement, on bascule vers un régime radicalement différent à compter de 1983 (la « rigueur » du second Mitterrand), où la France fait le choix d’abandonner la logique de l’inflation et de la dévaluation.

On oubliait ce faisant que l’inflation jouait chez nous un rôle fonctionnel important, celui d’assouplir et de régler les conflits de répartition. Oui, le salarié pouvait obtenir 6 % sur son salaire, mais l’entreprise s’en contentait si les prix augmentaient de 5 % ou 7 %.

Le changement de régime a été violent. L’amortissement des conflits ne passait plus par la fameuse boucle prix-salaires et la répression financière, moins facile dans des marchés financiers plus ouverts à l’international. C’était désormais l’État qui devait se mettre sur la ligne de front et qui, faute de pouvoir régler les conflits à leur source, en étouffait le coût par des dépenses sociales mal financées.

La présidence Macron est significative à cet égard : rigide sur la réforme des retraites, mais pour le reste, arrosant le paysage social (paysans, Covid, bouclier électricité…) à coups de « quoi qu’il en coûte ».

Le mal ne lui appartient pas, pour être justes. La question est bien celle de l’incapacité collective à trouver des pactes apaisants. Nos institutions portent une immense responsabilité, avec leur hypercentralisation au sommet et l’atrophie des institutions intermédiaires, en premier lieu le Parlement.