Un meilleur statut socioéconomique vous assure une vie plus longue. Implication pour les systèmes de retraite et de providence
Une n-ième étude le confirme : vivre dans de bonnes conditions d’éducation, d’emploi ou d’origine sociale et familiale est un marqueur important de longévité. Celle qu’on évoque aujourd’hui est faite à partir des données démographiques du Danemark. Ses résultats figurent ici sur le site Vox-EU.
Alors que le gros des études sur le sujet met en évidence le phénomène sur le critère du revenu ou de l’éducation, les auteurs y ajoutent le niveau de richesse et le niveau d’emploi. Ils fabriquent aussi un indicateur synthétique (courbe noire du graphique pour les hommes et pour les femmes).


On y voit une différence très forte dans la longévité selon la position socioéconomique. Pour les hommes, l’indicateur synthétique montrerait par exemple une différence de 24 ans : 89 ans d’espérance de vie à 40 ans pour les mieux lotis, contre 65 ans.
Certaines études convergent même sur l’idée que cet écart de longévité selon le statut socioéconomique tend à s’accroître, les progrès faits en matière de santé pour les seniors semblant profiter davantage aux personnes déjà mieux loties selon ce marqueur.
Une telle différence est loin d’être neutre pour les systèmes de retraite les plus courants, vus du point de vue de l’équité et de l’efficacité. Les systèmes de répartition fonctionnent en général sous la forme d’une rente à vie (ou viagère) lors du départ à la retraite, rente basée sur les derniers salaires. La valeur actuelle d’un euro de cette rente n’est évidemment pas la même selon qu’on vive 65 ans ou 89 ans, et la mutualisation risque alors de perdre de son sens. C’est le pacte social sous-jacent qui est remis en cause. Si j’appartiens au premier décile selon l’indicateur danois, c’est-à-dire si je suis promis en probabilité à vivre moins longtemps, n’aurais-je pas intérêt à une mutualisation au sein de ce premier décile et ainsi verser des cotisations beaucoup plus basses ? Les futurs centenaires, d’après ce qu’annonce l’indicateur, ne devraient-ils pas cotiser à un niveau beaucoup plus élevé ?
Ce problème affecte tout autant de nombreux systèmes de capitalisation. Ils fonctionnent en général sous la forme de retraits programmés où l’on calcule l’espérance de vie moyenne au moment du départ à la retraite – moyenne sur l’ensemble de la population – et où l’on reçoit l’annuité correspondante.
Au-delà de la question de la retraite, l’État-providence déploie une masse importante de ressources au bénéfice de la population des seniors, avec la problématique croissante de la dépendance, ledit quatrième âge. Ces efforts sont ambivalents : ils aident d’une part les gens les moins favorisés à vivre mieux et donc plus longtemps ; mais ils sont fortement concentrés dans l’aide aux personnes les mieux favorisées (toujours selon le critère du statut) et sont donc régressifs dans leurs effets.
Quelles solutions ?
Le point majeur est d’ambition immense : attaquer à la source et faire que les disparités socioéconomiques se réduisent en matière d’éducation, de santé, d’accès à l’emploi, de revenus, etc.
Des mesures palliatives peuvent aussi être envisagées. Deux d’entre elles notamment.
Un, des cotisations croissantes selon le revenu (en France, par le mécanisme du plafond, elles ont longtemps été décroissantes). Mais le critère du revenu n’est pas le seul, on vient de le voir, et peut être contesté. Après tout, on ne demanderait pas aux femmes de cotiser davantage au prétexte qu’elles vivent plus longtemps que les hommes.
Deux, et peut-être plus facilement acceptable, des mécanismes d’héritabilité des rentes viagères : si la mort intervient en dessous d’un certain seuil d’âge, très prématurément au regard de l’espérance de vie moyenne de la population, une fraction de la rente serait reversée en capital ou en revenu aux ayants droit de la personne, un peu comme le système français de la pension de réversion au profit du conjoint survivant. À noter ici que les rentes programmées des systèmes de capitalisation par comptes individuels prévoient l’héritabilité du solde non consommé de la rente. Pièce à verser dans le houleux débat sur les systèmes de financement de la retraite.
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