Deux chercheurs, Arash Nekoei et Fabian Sin, ont tenté de creuser la question (voir ici dans Vox-EU) et, sans mollir, sur les 5 000 dernières années. Un bel effort d’histoire quantitative. Pour cela, il leur faut un indicateur propre à attraper de façon pas trop biaisé un phénomène aussi complexe. Leur idée a été de bâtir un « Human Biographical Record » qui, entre autres choses, mesure au travers des époques la proportion de femmes parmi les gens célèbres d’une façon ou d’une autre (politique, artistique, scientifique, littéraire, etc.). Ils ont constitué leur base en utilisant une exploitation statistique poussée des bases de données telles que Wikipedia, Google, encyclopédies, etc. D’où le graphique qui suit :

 

Graphique : Part des femmes au sommet de la hiérarchie sociale

 

Première chose qui frappe : sur le plus gros de l’histoire humaine, la proportion des femmes à forte visibilité est restée à peu près constante, de l’ordre de 10 %.

À noter ensuite le remarquable surgissement du 20e siècle, où l’on dépasse les 15% (en moyenne). C’est particulièrement vrai dans le strict domaine de la littérature : avant le 16e siècle, la proportion des femmes parmi les écrivains se situait entre 1 et 5 % selon les régions du monde. Cette proportion a dépassé les 30 % aux États-Unis au 20e siècle, suivi par les pays protestants d’Europe ; les pays catholiques, dont la France, ont été en retard à cet égard. On imagine que ces chiffres croissent encore en ce début de 21e siècle.

On retrouve sur le graphique la violente dégradation de la position sociale des femmes qu’a amené ladite « Renaissance » par rapport à l’ « obscurantiste » Moyen-Âge. Car c’est bien au 16e siècle qu’on a commencé à pourchasser de partout, et surtout à brûler, celles qu’on voulait appeler « sorcières ».

Une chose qui étonne les auteurs est la remarquable visibilité des femmes dans la haute Antiquité, tout particulièrement dans la civilisation égyptienne. Les femmes y ont souvent tenu le pouvoir, comme les très connues Hatchepsout (15e siècle avant JC) et Cléopâtre, c’est-à-dire Cléopâtre VII pour indiquer qu’il y en a eu six qui ont régné avant elle. Les femmes de cette époque pouvaient prendre l’initiative du divorce, posséder et transmettre un « matrimoine », recevoir un héritage et même atteindre l’éternité, privilège de quelques rares personnes, dont les pharaons. Peut-être pourrait-on, sachant qu’elles ont échappé à la mort, les appeler à témoignage.

La comparaison est éclairante avec l’époque moderne. Le divorce figurait dans le code civil de Napoléon mais, s’agissant de l’adultère qui était l’un des motifs le permettant, la femme s’en rendait coupable dès l’instant où elle avait une relation extra-conjugale alors que le mari ne le commettait que s’il avait le toupet d’entretenir sa maîtresse au domicile familial. Il a fallu attendre 1884 pour que la symétrie soit établie.

Question : quand l’indicateur atteindra-t-il 50 % ?