Surprise, nous rapporte un article du Washington Post, repris dans un post de The Conversable Economist : les gens qui ont fait leur trou sont ceux qui font montre d’intelligence relationnelle ou émotive, et non d’intelligence technique. Mieux vaut le savoir-être (soft skills) plutôt que le savoir (hard skills). L’étude classait les gens recrutés selon huit critères :

  1. Bien encadrer,
  2. Bien communiquer et écouter,
  3. Comprendre le point de vue des autres,
  4. Avoir de l’empathie,
  5. Disposer d’un bon sens critique,
  6. Résoudre les problèmes du groupe,
  7. Avoir une vision horizontale des sujets complexes,
  8. Être performant techniquement.

La huitième qualité est arrivée à sa place, en huitième position !

On pourrait dire : oui, cela vaut pour évoluer dans un grand groupe, devenu par force un peu bureaucratique (curieux d’ailleurs qu’il n’y ait pas un 9ème critère, celui d’être « politique »). Mais pour les percées technologiques et la résolution de problèmes complexes, mieux vaut quand même être un bon techno.

Eh bien, à nouveau, déception pour les scientifiques purs et durs. Google a l’habitude de composer des « A-teams » regroupant des scientifiques de haut niveau. Pour s’apercevoir, à l’occasion d’un autre projet de la DRH, que ce sont les B-teams qui sortent les idées et les innovations les plus intéressantes, alors qu’elles sont composées de personnes qui n’ont pas forcément le QI le plus haut du village. Ce sont ce que l’anglais appelle les soft skills qui prévalent : sens de l’égalité, générosité, curiosité pour les idées des autres et surtout, équilibre émotionnel.

Est-ce propre à Google ? Non, comme le montre le graphique qui suit, tiré d’une étude d’un tout jeune économiste, David Deming. Voir « The Value of Soft Skills in the Labor Market ».  Il utilise une très large enquête aux États-Unis qui suit depuis 1979 des cohortes de jeunes et leur insertion dans le marché du travail. Il distingue ceux de ces jeunes ayant une bonne formation dans les sciences de l’ingénieur (« high-math ») et ceux disposant de talents plus relationnels (« high-social ») – voir son étude pour mieux cerner comment il fait cette distinction. On y constate à quel point le high-social l’emporte dans la réussite professionnelle mesurée par le salaire, si c’en est un critère suffisant. Ce n’est même que depuis une dizaine d’années qu’il est préférable d’être à la fois « high-social » et « high-math » plutôt que « high-social » et « low-math ».

Ce résultat doit rassurer ceux des lecteurs de Vox-Fi qui n’ont jamais eu trop de goût pour les maths. Pas trop vite quand même : le pire de tout, c’est d’être à la fois « low-social » et « low-math ».

Une remarque linguistique : L’anglais ou l’espagnol ont cette commodité de forger des mots simples et concrets : soft skills, capacidades blandas, que le français, trop souvent coincé, ne sait pas traduire. Alors, on périphrase, on abstractise : compétences relationnelles, compétences personnelles, savoirs comportementaux. Il y a le terme intelligent – trop intelligent ! – repris dans le titre : « savoir-être » opposé à « savoir ». Pourquoi pas dire tout simplement : « talents mous » ? Oui, ça sonne bizarre au début, mais si on le répète 20 fois, ça commence à passer.

Même chose sur le bord des routes. Nos ingénieurs des Ponts ont créé l’inénarrable terme de la signalisation routière, accotements non stabilisés. L’anglais dit épaules molles, soft shoulders, trois syllabes plutôt que neuf. Ça parle tout autant, non ? La mollesse sait être ferme, finalement.