Il y avait le boursicoteur. Il y a aujourd’hui, plus branché, le boursicoteur en cryptomonnaies et autres NFT. Mais le comportement reste le même : qui gagne le claironne à tous, qui perd va piteusement lécher ses plaies au fond du jardin.

Une étude toute récente de la Banque des règlements internationaux illustre la chose. Voir Crypto trading and Bitcoin prices: evidence from a new database of retail adoption. Les auteurs constituent une immense base de données sur les échanges en cryptos via applications sur mobiles, ceci en fréquence quotidienne et pour 95 pays entre 2015 et 2022. Ils montrent d’abord que le téléchargement des applis et leur usage suivent fidèlement les hausses de cours. Le boursicoteur crypto achète le plus souvent quand ça monte. Il semble oublier ce dicton répété par les vieux briscards de la bourse : acheter au son du canon, vendre au son du clairon.

Pour le montrer, les auteurs font ce petit calcul. Ils supposent que la personne qui vient de télécharger l’appli de trading sur crypto, en général donc parce que le cours vient de monter, va déposer 100$ sur son compte Bitcoin les dix mois qui suivent, soit 1.000$ au total. Et ils calculent, au vu des cours du Bitcoin, si le résultat à terme est gagnant ou perdant.

En voici le graphique :

 

Ainsi, 81 % des utilisateurs des applis auraient perdu de l’argent (zone rouge du graphique). La perte médiane aurait été de 431$, soit près de la moitié de la mise initiale. Et le calcul omet – voir la Berezina de FTX – la faillite possible de la plateforme de trading des cryptos, auquel cas la mise risque d’être totalement emportée.

On observe aussi que parmi les quelques gagnants, le gain se situe entre 1.000 et 10.000$. Donc beaucoup d’appelés, peu d’élus. Le comportement s’assimile assez largement à celui qui achète des billets de loterie. L’espérance de gain est très négative, mais on achète le rêve de figurer parmi les gagnants et de le claironner. Ce qui compte alors, c’est la variance du gain plus que l’espérance. Plus ça bouge, plus on peut ramasser, sachant le grand nombre des perdants.

Ceci permet de rappeler une caractéristique des loteries – et le marché des cryptos est aujourd’hui une grosse loterie : ce sont des « monopoles naturels » au sens où plus une loterie est grosse – le loto par exemple en France – plus elle peut se permettre de payer des gros lots importants. Et donc, plus elles sont capables de vendre du rêve, celui de toucher un immense gros lot. La vitalité du marché des cryptos tient à ce que les sommes en jeu sont massivement importantes. Son utilité économique, sociale et surtout environnementale est massivement… nocive.